Nouvelle-Calédonie : la diversité écologique part en fumée

lundi 23 janvier 2006 par Daniel Mathieu - Brèves - Environnement


Source : Libération, le 5 janvier 2006, par Eliane PATRIARCA

Les réserves naturelles sont touchées et plusieurs espèces de plantes ont été éliminées.

Depuis le 23 décembre, la Nouvelle-Calédonie est en proie au feu. Un fléau qui se répète chaque année à la saison sèche et détruit des milliers d’hectares sur ce territoire d’outre-mer, grand comme la Picardie, qui abrite une biodiversité unique au monde. Mais cette fois, selon les associations de protection de la nature, ces feux d’origine probablement criminelle ont provoqué une « catastrophe écologique ».

En douze jours, quelque 6 000 hectares dont 4 500 autour de Nouméa, dans le sud de l’île, sont déjà partis en fumée. Surtout, des zones d’une grande richesse pour la faune et la flore ont été détruites. Hier, autour de Nouméa, les feux de Dumbéa et de Mont-Dore étaient en cours d’extinction. Mais plusieurs foyers, dans l’intérieur de la Grande Terre, étaient encore actifs, selon Jean-Louis d’Auzon, de l’Association néo-calédonienne de protection de la nature. Ces jours-ci, en Calédonie, la température oscille entre 28 et 35 °C.

Près de Nouméa, les feux ont atteint la réserve intégrale de la Montagne des Sources, où les cours d’eau qui alimentent Nouméa et sa banlieue prennent leur source. « C’est le château d’eau de Nouméa et de toute la province Sud qui brûle », commente Hubert Géraux, du WWF. Le feu a touché d’autres réserves : le parc de la Rivière-Bleue, celui de la Rivière-Blanche et les monts Koghis. « Des massifs entiers de forêt humide, jusqu’alors rescapés, brûlent. Des centaines de kaoris, de houps, d’araucarias, plusieurs fois centenaires. Sans compter, les lézards, les perruches, les roussettes (petites chauves-souris) », ajoute Hubert Géraux. Plusieurs espèces de plantes rares sont en train d’être éliminées de la planète, selon le WWF.

La flore calédonienne est l’une des plus riches et originales au monde. Sur ce territoire de 18 000 km2, on recense 2423 espèces de plantes endémiques.

« Ce qui a brûlé, c’est foutu, ça ne repoussera pas ! » soupire Jean-Louis d’Auzon. La première fois qu’un écosystème brûle, il se redéveloppe relativement bien. « Mais lorsque le phénomène est répétitif, comme en Nouvelle-Calédonie depuis trente ans, le couvert végétal se dégrade parfois tellement qu’il n’y a plus rien qui pousse », explique, à Paris, Jean-Philippe Palasi, de l’Union mondiale pour la nature. « Le sol reste à nu, ce qui favorise l’érosion à grande échelle. Alors, avec les pluies, la terre dévale dans les cours d’eau et jusqu’au lagon. »

La saison des pluies qui commence est donc tout à la fois espérée et redoutée.

© copyright de la source de l’article (auteur ou éditeur)