Enfin une initiative qui devrait s'avérer efficace à condition qu'elle se poursuive et que les contrôles soient annuels voire semestriels et de plus en plus stricts!

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Argentine : les autorités 

traquent les entreprises 

polluantes


Illustration : Argentine : les autorités traquent les entreprises polluantes Développement durable
La rivière Riachuelo-Matanza
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Après des années de laisser faire environnemental, les autorités ont décidé de contrôler les entreprises sur le  respect de la législation environnementale. Elles multiplient les actions contre les entreprises du bassin de la rivière Riachuelo-Matanza (Buenos Aires), dès le moindre constat de non-conformité. Plusieurs multinationales sont concernées.

Longue de 64 kilomètres, la rivière Matanza Riachuelo est un élément central de l’écosystème urbain du grand Buenos Aires. Son bassin versant débute à l’ouest de la capitale argentine, pour se jeter dans l’estuaire Rio de la Plata en traversant 14 communes, qui comptent 3,5 millions d’habitants. Ses rives et ses abords immédiats sont également le centre de la plus grande concentration industrielle d’Argentine, avec 3500 usines implantées.
Depuis maintenant plus d’un siècle, le niveau de pollution du bassin de cette rivière inquiète tant les riverains que les autorités compétentes. Bien que les principaux rejets d’eaux usées proviennent des quartiers d’habitation, la pollution industrielle a retenu l’attention. Opérant dans des secteurs  aussi divers que les tanneries, la pétrochimie, l’agroalimentaire ou l’acier, 1200 usines sont en effet implantées sur les berges du Matanza Riachuelo et, pour certaines, rejettent depuis des décennies et sans aucun traitement préalable, des effluents contaminés dans la rivière.
Le seuil de pollution du bassin a atteint un tel niveau que le gouvernement Kirchner a décrété fin 2006 l’état d’urgence environnemental, et a demandé au congrès argentin de créer une autorité de régulation du bassin. Pour la première fois dans l’histoire de l’Argentine, cette autorité rassemble des représentants des trois juridictions distinctes ( locales, provinciales et fédérales ) qui dictent la réglementation environnementale du pays et à donné au secrétariat d’état à l’environnement autorité pour contrôler, redresser ou fermer, toutes les entreprises dont les émissions polluantes ne seraient pas en conformité avec la législation en vigueur.

Clarifier les régulations environnementales

Lors de sa prise de fonction comme Sécrétaire d’Etat à l’Environnement et au Développement Durable (SAYDS), Romina Picolotti, a fait de l’harmonisation des régulations environnementales une priorité de son administration. Cette avocate de formation et ancienne dirigeante du CEDHA, une ONG de défense des droits de l’homme et de l’environnement, a travaillé sur les différents aspects de la législation environnementale. « Faute de régulations unifiées, les industries opérant sur le bassin de la rivière faisaient face à des régulations désordonnées et asymétriques émises par trois niveaux de gouvernement, » rapporte Jorge Daniel Taillant, le président du CEDHA. « Cela rendait le contrôle, le suivi et même le respect des lois environnementales quasiment impossibles. » Le 13 août 2007, après six mois de négociations, les trois niveaux de gouvernement travaillant sur le Plan de nettoyage du bassin de la rivière Matanza Riachuelo rendaient publique une unification normative pour les effluents industriels et la qualité de l’air. Cette réglementation encadre de  manière précise 34 substances toxiques dont le plomb, les pesticides, l’arsenic ou les cyanures. Avec ces dispositions, les autorités environnementales argentines pouvaient lancer la traque aux entreprises polluantes.

Fermetures d'usines

Depuis le mois juillet 2006, les inspecteurs de la SAYDS ont ainsi procédé à plus de 1500 inspections des industries implantées le long du Riachualo et ont révoqué les permis d’exploitation de plus de 200 entreprises, de façon temporaire ou définitive, pour des manquements aux lois sociales et environnementales du pays. Intensifiant ses activités, l’agence a procédé à quelques coups d’éclat. L’usine Danone installé à Longchamps s’est ainsi vue imposer une fermeture « préventive partielle » pour certaines de ses installations, sans toutefois que cela ne perturbe sa production. Le groupe agroalimentaire français a pu reprendre des activités 3 jours plus tard, après s’être mis en conformité avec la législation argentine. Si cette fermeture portait essentiellement sur des aspects techniques, il n’en était pas de même pour celle de la raffinerie de Shell. Début septembre, le SAYDS a ordonné au groupe anglo-néerlandais de cesser, jusqu’à nouvel ordre, l’ensemble des exploitations de sa principale raffinerie dans le pays pour graves violations environnementales. « 700 des 1200 unités de stockage sur le site n’étaient pas en conformité avec la loi ou n’avaient pas été déclarées du tout, » rapporte Jorge Daniel Taillant. « L’usine pompait, de plus, 18 400 000 litres par heure sans aucune autorisation et disposait de conditions inacceptables de gestion et de stockage des déchets toxiques. » Après 7 jours de fermeture et de négociations, le groupe Shell s’est engagé à investir 60 millions de dollars dans l’amélioration des conditions environnementales de son unité de production.

A total, plus de 40 fermetures totales ou partielles, temporaires ou définitives, ont été imposées à des entreprises nationales et mondiales. L’agence de l’environnement entend faire évoluer l’attitude des entreprises à l’égard de la pollution et faire passer un message fort sur la fin de l’impunité des pollueurs dans le bassin de la rivière Matanza Riachuelo. Elle espère également avoir un impact sur les sociétés implantées dans d’autres régions du pays, dans lesquelles elle ne dispose que de faibles moyens d’actions.



Pierre-Marie Coupry
Mis en ligne le : 01/10/2007